“L’UE a “banalisé” ses relations avec le continent africain”

Entretien exclusif avec Henri Malosse, président du comité directeur de l’Association Jean Monnet et ancien président du Comité économique et social,

Q : Quelle est votre opinion sur les relations de l’Union européenne avec l’Afrique d’une manière générale et avec le Maroc d’une manière spéciale vu sa position géographique ?

R: Je considère que l’Union européenne d’aujourd’hui n’a pas été capable de suivre la politique ambitieuse de coopération que les Communautés européennes avaient développé dans les années 1960, 70 et 80 avec l’Afrique et le Maghreb à la suite de la décolonisation,

En effet, si par les fameuses conventions de Yaoundé, Lomé et leurs équivalents avec le Maghreb, les Communautés avaient su préserver des relations originales, fondées sur un passé commun et de la réciprocité, depuis les années 1990, l’UE a « banalisé » ses relations avec le continent africain, Maroc compris, s’alignant sur les pratiques des Etats Unis, du FMI et de la Banque mondiale, en faisant la promotion du libéralisme et du libre-échange l’alpha et l’oméga de leurs politique extérieure, sans prise en compte de l’historique, ni du contexte.

Ce manque de sensibilité et d’attention pour l’histoire de l’Afrique et du Maroc en particulier a conduit à l’effacement politique de l’Europe du continent africain, avec une influence chinoise envahissante, le retour de la Russie et, pour ce qui est du Maroc, le rôle important des états Unis

Les politiques de coopération des Communautés européennes d’antan s’appuyaient en effet sur notre héritage culturel commun et respectaient totalement la souveraineté retrouvée des anciennes colonies en ne s’immisçant pas dans leurs affaires intérieures. Elles soutenaient le développement des ressources locales plutôt que les seuls produits d’exportation. Tout le contraire est fait aujourd’hui avec un « moralisme occidental » qui n’est pas adapté aux traditions de ces pays.

Puissance atlantique, le Maroc et son Roi, rayonnent sur le continent africain. L’UE ne lui attache pas suffisamment d’importance comme on l’a vu dans la façon où Bruxelles s’est moqué de la demande d’adhésion qui fut portée en son temps par Hassan II, le père du Roi actuel. Le Maroc a toujours souhaité devenir le partenaire privilégié de l’Europe sur le continent africain, ce que Bruxelles n’a jamais admis. Ce fut une erreur que les USA n’ont pas commise, car le Royaume du Maroc est incontestablement une force de paix, de stabilisation et de progrès qui compte en Afrique.

Q: Que pensez-vous de l’avancement des projets de développement au Maroc, surtout dans les régions du Sud ?

R: Le Maroc a réussi, par la culture du dialogue et du consensus mené par le Roi et son gouvernement, à dépasser le choc du printemps arabe et à mobiliser ses forces vives en faveur d’un développement humain en premier lieu, mais aussi industriel, agricole et de services tout à fait remarquable. Sans disposer d’un sous-sol très riche, il a réussi à élever considérablement le niveau de vie de ses habitants, à réduire le chômage et à donner un avenir aux nouvelles générations. Bien entendu, il reste beaucoup à faire mais ce qui frappe le plus est la cohésion du pays, comparé à ses voisins. Le développement du Sud peut être considéré à cet égard comme l’élément mobilisateur qui a créé un véritable élan populaire.

Q: Pourriez-vous nous donner votre avis quant ’à la proposition faite par le Maroc qui est le plan d’autonomie pour résoudre le pseudo conflit du Sahara occidental qui n’a que trop duré ?

R: Le conflit du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole, a en effet trop duré. Il a été entretenu artificiellement à des fins politiques par le voisin algérien sans considération réelle pour le bien-être et la prospérité des habitants du Sahara occidental. Le Maroc a fait, depuis la « marche verte » des efforts pour le développement économique et social de la région, ce qu’un état croupion dépendant de l’Algérie n’aurait ni les moyens ni la volonté de le faire en raison notamment de la nature sulfureuse du mouvement qui porte la revendication d’indépendance.

Un statut d’autonomie, dans le cadre du Royaume du Maroc dont la légitimité historique sur ce territoire ne fait pas débat, est aujourd’hui la solution la plus réaliste à ce vieux conflit non résolu de la décolonisation. Sous contrôle international, un plan d’autonomie avec consultation des citoyens permettrait de donner un vrai avenir aux Sahraouis et de voir s’éloigner les risques d’un développement du terrorisme islamiste. L’appui affiché aujourd’hui par les USA à ce plan a été un fait majeur et il serait temps que l’UE le reconnaisse aussi comme seule issue valable à un conflit qui, en effet, n’a que trop duré.

Endre Barcs

Le 15 octobre 2014, Henri Malosse a reçu l’ordre national de la Légion d’honneur par l’ancien président de la République françaiseValéry Giscard d’Estaing, à Bruxelles. Il est également titulaire de l’ordre national du Mérite, de la Croix de saint Vladimir (Ukraine) et de l’ordre du lion du Sénégal.